mardi 18 décembre 2012

24 heures

Mardi 18 Décembre

Pas de nouvelles, bonnes nouvelles. Je manque à tous mes devoirs, mais j'ai des excuses, rien à raconter ... Et en plus il fait beau ... donc à part la litanie habituelle des poissons ratés dont un joli petit Marlin. Quand je dis petit, avec un Marlin (un marlin à rostre court) c'est quand même un bon mètre cinquante, nous n'avons pas pu le mesurer mais il s'en est fallu de peu, on le touchait, mais au moment de le remonter, l'hameçon mal accroché a glissé. Sinon, encore de la bonite, ou peut être du thon rouge : nous avons eu des nouvelles de "Chappe", un 47 qui est partit à peu près en même temps que nous de méditerranée, et depuis le début, ils nous annoncent ne pêcher que du thon rouge, soit ils ont plus de chance que nous, soit ils devraient changer de bouquin, je soupçonne leurs thons rouges de ressembler furieusement à nos bonites ... Mais c'est vrai que se dire que l'on ne pêche que du thon rouge, c'est bon pour le moral. Nous avons donc adopté cette méthode Coué et nous aussi nous nous sommes mis au thon rouge. Donc un bilan "poisson" catastrophique et par ailleurs question spectacle, le désert, rien, pas ou peu d'oiseaux, plus de requins quant aux baleines, orques, Globi et dauphins même pas en rêve ... Le désert, le désert au vent arrière depuis au moins 4 jours, l'alizè est remonté à l'Est Nord Est, on se croirait dans l'Atlantique. Enfin, bon an mal an nous y voilà, demain on va pouvoir vérifier que devant nous ce n'est pas la Martinique mais bien les Marquises. 150 milles exactement (et moins de 1 000 milles de Tahiti, 950), sans doute une panne à tirer, mais normalement un peu moins de 24h, avec le décalage horaire vous n'aurez peut être pas des nouvelles tout de suite, cela devrait être la fin de soirée en France, nous ce sera le petit jour, mais bon allumez les portables ... Et en attendant tout le monde embrasse tout le monde, à demain (au téléphone).

Curie, le 18/12 : 09°25.64 S 135°31.71 W

mardi 11 décembre 2012

Musclée

Dimanche, Lundi, Mardi, 9,10,11 Décembre.

C'est le moins que l'on puisse dire de cette traversée. Depuis le départ, à peine 24 heures de petit temps. Du vent, du vent, toujours du vent. En veux tu en voilà. Des conditions qui devraient normalement nous permettre d'exploser les chronomètres, avec un 55´ en plus. Malheureusement notre beau 55 est trop chargé, du matériel pour la base de Tahiti, au moins une tonne, si ce n'est plus, de surpoids et dans ces conditions ça se sent. Le bateau ne part pas en survitesse, il trace péniblement un profond sillon dans l'immensité du pacifique, il peine, les bouts montrent des signes d'usure de plus en plus marqués, malgré cravates, retenues, barbers et autres précaution je ne suis pas très à l'aise, inquiet en permanence. La mer grossit, nous sommes loin de la grande houle du Pacifique, plutôt une houle et un clapot désordonné de l'Atlantique des mauvais jours, le pilote travaille, pour l'instant il ne fait que de la limaille, mais il marche bien. Heureusement car barrer dans ces conditions, 5' de temps en temps au passage des grains, mais avec ce veau, ce n'est pas très drôle. Du coup, pédale douce, 2 ris pendant la journée et ces deux dernières nuit, Solent seul, je dors beaucoup plus tranquillement et puis tant pis pas de record. Mon dernier grib confirme le vent, un alizé encore musclé pour au moins les 4 prochains jours et bien que nous ralentissions, les journées défilent, 193 milles ces dernières 24 heures. Le 19 aux Marquises ? Très probablement. Sinon, toujours la grisaille et ces températures anormalement basses, toujours des bonites, rien que des bonites, c'est quoi ce Pacifique ??? Je vous laisse, j'espère que quelqu'un prendra le relais, sinon vous risquez de ne plus avoir de nouvelles avant notre arrivée. D'ici là, tout le monde embrasse tout le monde.
Jean-Charles souhaite un bon anniversaire à son fils Damien

Curie, le 11/12 : 04°58.49 S 115°56.46 W à 1 396 NM des Marquises

samedi 8 décembre 2012

Je passe ...

Vendredi, Samedi 7 & 8 Décembre

Aujourd'hui, le Capitaine s'est mis en grève de blog... Ce doit être les trop bons petits plats de Guillaume qui ont eu raison de lui. Alors la majorité de l'équipage sombre dans les bras de Morphée... Digestion oblige !
La pêche bat son plein bonite, bonite et re bonite, on se paie même le luxe d'en remettre 2 sur 3 à l'eau (quand elles ne sont pas trop abîmées). Hier nous avons eu droit à un spectacle pour le moins surprenant et hilarant... La ligne part (fiiiizzzz...), l'équipage se met en place pour freiner le bateau et remonter à bord notre fière prise. La bête ne se laisse pas faire et bataille ferme avec Romain. Tout le monde espère une belle dorade, un thon, ou un thazard. mais non ...encore une bonite... elle est belle. Au bout de quelques minutes de bagarre la bonite est à bord bien décidée à se battre jusqu'au bout. Jean Charles en équipier avisé maintient le poisson au sol en le prenant par le queue, il le met la tête la première dans un seau pour l'arrimer avec un bout. C'est alors que la bonite récalcitrante se débat énergiquement et entre en vibration avec Jean Charles le transformant en ouvrier de la chaussée au commande d'un marteau piqueur. Il traverse ainsi tout le cockpit, accroché à sa bonite en réclamant de l'aide à ses coéquipiers hilares devant un tel spectacle. Finalement Jean Charles aura le dernier mot.... L'honneur est sauf. Ici on en rit encore, dommage qu'on ait pas eu le réflexe de filmer la scène, c'était digne de Buster Keaton. À part ça le bateau avance bien, l'allure grand largue est plus confortable que ces derniers jours au près et les grains sont peu nombreux. Ce n'est pas encore le grand beau, mais ça s'améliore... Les quarts de nuit sont quand même frais, polaires et veste de quart de rigueur...
J'en profite pour embrasser Stéphane (7/12), et Odile (9/12), pour leurs anniversaires respectifs. Bien sûr plein de bisous iodés à ma tribu.
Laurence
Et je reprend la main, juste pour un petit point, assez simple, nous sommes en plein milieu, à l'heure où Laurence écrit sa prose nous ne sommes plus qu'à 1 882 milles des Marquises soit la moitié des 3 764 milles de la route de Panama aux Marquises. Je reprend un grib, c'est pour ça que je me suis connecté, le vent nous jouant quelques tours ce matin, allez disons le 20 aux Marquises, le 19 ? On verra et d'ici là tout le monde embrasse tout le monde et tout l'équipage se joint à moi pour vous souhaiter un bon Week End

Curie, le 8/12 : 02°32.77 S 107°02.21 W

jeudi 6 décembre 2012

"Ça ... C'est fait"

Mercredi & Jeudi 5 & 6 Décembre

Je reprend l'expression de Guillaume. "Ça ... C'est fait". Avec son accent inimitable, elle a marquée le périple depuis notre départ. A chaque étape importante ou événement notable. Depuis 2 mois, et oui demain cela fera 2 mois que nous avons quitté Canet. D'abord Gibraltar, nous quittons (enfin) la Méditerranée, et pour la première fois "Ça, c'est fait", les Canaries et puis surtout la Martinique, l'Atlantique, "ça c'est fait", la mer des Caraïbes, le Canal de Panama, mais aussi le premier poisson, la première daurade, la première lessive, que sais je ? ... "Ça c'est fait", hier matin à 4h31 heure locale, 11h31 en France, c'est fait, la ligne par 00°00.00 évidemment, N ou S à vous de voir et 97°42.59 W. Romain, de quart avec Guillaume, a un peu joué, il a mis le cap plein Ouest, maintenant le bateau sur la ligne pendant quelques minutes, pour faire un trait sur la carte ... Et nous voici donc au Sud, ça aussi c'est fait. Alors le sud, fin des frimas ? Tiens une devinette, nous sommes à l'Équateur, à votre avis température de l'eau ? Mon record 37°5, mais là, je vous l'ai dit, les polaires sont de sortie. L'eau n'est qu'à 19°. Bizarre sous ces latitudes. L'effet Niño ? Je n'en sais rien, mais Jean Charles n'est pas dépaysé, avec ce ciel gris et cette température, la baie de Morlaix le 15 août. Tout le monde attend le soleil avec impatience. Le passage de la ligne, l'occasion d'un gentil bizutage, d'un bon repas, d'une bouteille de champagne. Surtout ne pas oublier le verre à Neptune. Et ça doit marcher, car après une demi journée de grisaille, d'un seul coup le ciel s'éclaircit, le grand beau temps, encore un peu frais, mais c'est pas plus mal. Le vent lui aussi devient de plus en plus coopératif, il adonne progressivement, il est maintenant bien établi au 125, 17/18 nœuds. Une belle mer régulière qui enfin ne nous rentre plus dedans et qui commence à nous pousser vers les Marquises. Tout doucement, le rythme accélère, 183 milles sur la route le 4, 190 le 5, 181 le 6, plus de 200 aujourd'hui ? Pourquoi pas ? Je reprend un grib pour vérifier ça, ETA pour les Marquises. Le 22, c'est certain. Le 20 ce serait vraiment bien, avant ... Il faudrait peut être que je largue les chaînes. Et la pêche dans tout ça ? Et bien c'est ce que je vous disais, des calamars chaque nuit sur le bateau. Nous allons bientôt en avoir assez pour une belle fricassée (à 6 c'est pas mal quand même). Des bonites, encore des bonites, toujours des bonites. Nous avons arrêter de pêcher, c'est un vrai massacre. Dès qu'on met une ligne à l'eau, paf une bonite, deux lignes, deux bonites. C'est bon, on va avoir de la bonite jusqu'au bout. Nous aimerions pêcher autre chose, pas moyen et à cette vitesse les pauvres bonites n'arrivent pas toujours en bon état. Du coup, j'attend le vent un peu plus portant et des conditions plus favorables à la daurade. Encore 2 ou 3 jours de patience et nous devrions toucher l'Alizé du Sud Est, la mer et les poissons qui vont avec, plus de calamars sur le pont, des poissons volants. Et pour conclure sur les poissons : Romain et moi, conversation devant notre café du petit matin. Il me dit "Alors, aux Marquises, on se baigne pas" "Pas trop non, il n'y a pas de barrière, et du coup les grands requins, les pélagiques viennent tout près du bord". Je n'avais pas fini ma phrase que sur le côté du bateau, un bel aileron, notre premier grand requin. Je vous laisse, je n'ai vraiment plus rien à raconter et personne ne veut prendre le relais, du coup pas de nouvelles avant un moment, c'est tout droit, mais bien sur tout le monde embrasse tout le monde.

Curie, le 6/12 : 00°52.54 S 100°45.33 W à 2 338 NM des Marquises.

mardi 4 décembre 2012

Devinette

Les 3 & 4 Décembre
Alors, ma petite devinette, un truc en plein milieu du pacifique ? Quelqu'un a trouvé ? Ça a marché, bien marché, effet de surprise et tout, et tout. Malheureusement cela n'a pas été parfait à mon goût, encore une fois à cause de satané vent qui a encore refusé. D'abord nous allions un peu trop vite, en pleine nuit cela n'aurait pas marché, il a fallu que je trouve un prétexte "plausible" pour un peu ralentir, ensuite, un refus, et zut nous passons trop sud, à peine ... Alors à votre avis ? La veille au soir, il faisait froid, il fait d'ailleurs toujours froid (Jean Charles sous l'Équateur envisage de demander à Micheline un parachutage de polaires ... ). "Il va falloir surveiller les Icebergs" et bien il ne croyait pas si bien dire, au petit matin, aux premières lueurs du jour, "Ben ça alors, c'est quoi ça ?" - "un Iceberg" - "Non arrêtes, tu rigoles, pas ici" - "Puis dis donc, il est balaise" - "Non mais sans blague, c'est quoi ? Puis en plus, on a faillit rentrer dedans". C'est sur, si ça n'avait pas refusé on serait rentré dedans, presque (je veillais quand même un peu) - "Mais il n'y a rien sur la carte" - Mais si, mais il faut agrandir ... Alors petite leçon de navigation et du bon usage de l'Ipad ... L'Équateur, Les Galápagos, ils vont pourvoir dire qu'ils y sont allés, tout au nord, un petit Îlot, l'îlot Darwin par 1°40 N et 92° 00 W, et moi ce qui m'a énervé c'est que je voulais passer au ras. C'est tellement perdu que sur la carte il y a marqué : "I.Darwin is reported to lie about 2 miles North of its charted position", nous aurions pu vérifier et envoyer nos relevés aux autorités compétentes, les derniers datant de 1963 et 1967. Zut, je n'aurai pas mon nom sur une carte ... Trop Nord, 7/8 milles, mais quand je vous dis que c'est le bout du monde ... Une journée qui commence bien quand même, le vent lentement adonne, nous faisons un peu de sud encore, une touche, ce coup çi je ne laisse à personne le soin de remonter le poisson, comme ça, comme dit l'autre (Guillaume) "c'est fait", une belle daurade, 6 bons repas. Matelotage dans l'après midi. Romain s'entraîne, une série de manilles textiles et de cravates pour nos ris. Ris que nous finissons par larguer dans la nuit, une nuit superbe, des étoiles plein la vue ... Et encore un petit piège, ça a marché ... Dénéb ? Capella ? Véga ? Tout le monde se rue sur l'Ipad ... La polaire ... Euh ... Allons messieurs par moins de 1° N, la polaire ? Au petit matin, nouvelle leçon, leçon de pêche, on s'entraine, on répète, au moins 10 bonites. Nous en avons quand même gardé 2, au cas où, une normale et une jaune, pour goûter, je n'en avais jamais vu des comme ça. La pêche va devenir plus difficile, le vent maintenant adonne, plus de raison de faire autre chose que la route, la mer formée et désagréable des premiers jours dans le pot au noir a cédé la place au Pacifique, une mer régulière, à peine la mer du vent et une longue houle qui témoigne de la respiration de l'océan. Nous pouvons enfin réouvrir les capots et aérer le bateau, pas les hublots, nous allons trop vite. Presque 9 noeuds de moyenne depuis le point de midi, 80 milles en 9 heures et 10 minutes. Enfin dans le genre piège je n'ai plus grand chose, sans doute réveiller tout le monde la nuit prochaine : "c'est quoi ça ?" - "Quoi ?" - "Ben ça" - "Quoi ? Moi je ne vois rien" - "Mais si, regarde, devant" - "Mais y'a rien" - "Mais si regarde bien, une ligne, comme un pointillé, là tout droit, juste devant nous" - Après tout ils n'en savent rien, (sauf Laurence qui est déjà passé, presque au même endroit), mais moi je vous le dit la nuit dans le Pacifique, cela brille, cela brille tellement que la ligne on la voit, un long pointillé qui s'étire ... Et de l'autre côté ? Un trou ? Mais non, ne soyez pas naïfs ... L'autre côté du monde ... Le sud, et peut être le beau temps. Allez je vous laisse, tout le monde embrasse tout le monde et à bientôt

Curie. Le 4/12 : 00°54.64 N 94°53.52 W à 2 706 NM des Marquises.

dimanche 2 décembre 2012

Niche

Du 30 Novembre au 2 Décembre

Un petit mot, c'est bien parce que c'est Dimanche. J'ai peur que vous ne vous lassiez de mes histoires de près et d'adonnante. C'est pourtant mon souci, faire assez de près donc de sud pour un jour toucher l'alizé du Sud Est. Rassurez vous je crois que je vais bientôt changer de sujet, depuis cette nuit, le vent a un peu adonné, il est maintenant au 160/170, nous ne sommes plus au près serré, c'est à peine mieux nous sommes à 5° en dessous, environ 50° du vent apparent, mais sur un cata de cette taille ça change tout. Gros coup d'accélérateur, le speedo est maintenant coinçé au dessus de 8 nœuds. Nous passons maintenant au nord des Galapagos, Mais je sers encore un peu le vent, pour mettre du sud dans la route, oui, mais aussi pour faire une petite surprise à mes équipiers, un truc, pas grand, un petit truc minuscule dans l'immensité du Pacifique, un truc à voir, ça va leur faire une surprise, je m'attend demain matin à des questions. Et puis ensuite la ligne, d'ici 48 heures sans doute. La bonne nouvelle, le winch, il est réparé, en fait non, mais avec Jean Charles on a bien rigolé. J'ai fait appel à ses talents d'ingénieur électricien, c'est vrai quoi, un moteur de winch électrique comparé à une loco., de la gnognote ... "Bon, Christophe, je t'explique, je te fais un dessin" - "Non, Jean Charles, ne m'explique pas, répare ... " on bidouille, "Allez j'essaie ça, ça devrait marcher", Paf, une étincelle et ... Ça ne marche pas, "Zut j'y perd mon latin". Tant pis on remonte tout et ... Ça remarche, on ne sait donc pas pourquoi, juste sans doute un relai défectueux qu'il faut laisser refroidir, mais l'essentiel est là, on peut s'en servir.
Et cette histoire de niche : c'est encore une histoire de poisson. Plus de thons, avant il y en avait plein, ensuite sont venus les gros chalutiers, avant il y en avait plein, maintenant, plus rien, plus de thons, plus de chalutiers, le grand désert. Non pas tout à fait, les calamars prolifèrent, la nuit avec une simple frontale on les voit grouiller autour du bateau, et les calamars, les bonites aiment ça, plus de concurrence, mais pas seulement les bonites, les Marlins et les Espadons doivent bien apprécier. J'en ai jamais vu autant. Une nageoire à côté du bateau, un requin, non, il remonte un peu, une longue nageoire, la queue un magnifique Marlin, un autre nous passe en dessous, longe nos ligne et méprisant continue son chemin. Un espadon, lui y goutte. Je prend la ligne, "Non, je te laisse pas partir", j'ai surtout pris les 50 mètres de ligne en pleine poire ... Et encore ce midi, on se met à table "Oh la vache ..." Encore un superbe Marlin qui jaillit derrière nous, chope le leurre et wwwwwwiiiiiiiiii, le moulinet fume, ça sent le brûlé, il va tout casser ... Ouf, non, il n'emmène que le leurre, mais question spectacle, nous sommes servis. Quant à notre pêcheur, ce matin, un superbe daurade, j'arrête le bateau, on va l'avoir, 20' de combat, ça y est elle est là, un beau mâle, une belle pirouette aussi et tchao, filet mignon ce midi. Je crois que Romain va se mettre à la poterie ... Quant à moi, comme d'habitude, tout le monde embrasse tout le monde, à bientôt peut être, probablement de l'autre côté du monde ...

Curie, Pos le 2 Dec. : 3°15.19 N 89°37.81 W à 3 047 NM des Marquises

vendredi 30 novembre 2012

Humide, bis

Du 21 au 30 Novembre

Le moins que l'on puisse dire c'est que j'ai oublié de donner des nouvelles. Un peu occupé, un peu énervé peut être, très humide certainement, tellement humide que la connexion satellite n'est pas terrible non plus, l'Iridium c'est comme ma télé, quand il pleut il neige. Allez, je vais essayer de reprendre ça dans l'ordre.
By Night
C'est une première, je suis arrivé à Côlon de jour et je n'aurai peut être pas du. Maintenant que j'ai vu ce que cela donnait de jour, je crois que je ne vais plus jamais oser le refaire de nuit. De jour sous des grains évidemment, ceux là ne vont plus nous lâcher, mais on voyait suffisamment pour éviter le trafic, ça de nuit, on peut le faire, bien que cela soit nettement plus hasardeux. Ce qui paraît plus difficile, c'est d'éviter les nombreuses souches et épaves qui dérivent sur les 20 derniers milles, trafic et épaves ça fait beaucoup. Mais donc de jour, arrivée sans problème à Shelter Bay, une place et notre agent nous attendait, du coup formalités ultra rapide et passage annoncé dès Samedi.
Côlon
Pas le temps de faire du tourisme, il nous faut faire rapidement les courses, revoir un ou deux points sur le bateau et surtout trouver du cash pour le passage du Canal. Pas le temps et pas l'envie non plus ( de faire du tourisme). Une pluie incessante décourage toute velléité de faire quoi que ce soit. Il pleut tellement que même les singes hurleurs se taisent. Un aller et retour à Côlon, heureusement que notre taxi était un gros 4x4, nous n'aurions pas pu rentrer, les voitures "normales" ne passaient plus et les routes commençaient à s'effondrer, une lessive (un peu plus on n'y arrivait pas, plus de courant dans la marina) et même pas le plein d'eau, plus d'eau non plus, plus d'eau dans les tuyaux, pour le reste ça n'arrête pas. Une pause resto, des vacances pour Guillaume, un souvenir inoubliable, de la dinde, mais il fallait apporter son manger ... Je crois que vous trouverez des détails de cet épisode dans le blog d'Helene, en tous cas une formule que Guillaume va retenir pour son resto.
Le Canal
Question manoeuvres, pas de souci tout se passe à merveilles, les pilotes sont contents et moi aussi. Question tourisme, encore raté, la nuit sur le lac Gatun, un orage inoubliable, la foudre qui tombe de partout, Jean Charles qui compte les secondes, oh la, celui ci est pas loin et brouuuuum ça recommence, et évidement ils enchaînent à bord avec des histoires d'orages, de gens foudroyés, de cabines téléphoniques pulvérisées. Finalement nous y échappons, mais enfermés, confinés dans notre "petit" bateau, c'est pas vraiment très agréable. Le lendemain, il va s'arrêter de pleuvoir à l'approche du pacifique. Un petit bonjour à tous au passage de l'écluse de Miraflores, la moitié des caméras en panne, pas étonnant, elles ne sont pas forcément très étanches ... Arrivée à Panama, pas moyen de refaire le plein. Il nous faut attendre le lendemain au mouillage l'ouverture des pompes, soit disant pas de place dans la marina, "mais là il y a de la place" "Non, c'est privé, c'est le règlement ... " . Le lendemain les places sont toujours vides ... Au mouillage, plongeon, nous avons pris un gros bout dans l'hélice, Jean Charles et Romain vont passer une bonne heure, casser un couteau, pour finalement nous en débarrasser. Le plein au petit matin, une dernière arnaque, un fonctionnaire de l'agriculture qui vient nous faire remplir un papier de quarantaine "mais c'est déjà fait, nous quittons Panama" "ah non, c'est à moi de le faire, donnez moi ce formulaire jaune" Il fait un autre papier, qu'il "oublie" de nous laisser et par contre il n'oublie pas de nous délester de 40 dollars supplémentaires ... Le canal attire plein de petits métiers ...
Le Pacifique
C'est parti, plutôt bien parti, un bon vent nous sort de la baie de Panama en moins d'une journée, 7 bonites, nous en gardons 4. Patrick semble les apprécier modérément. Lui c'est la daurade, Daurade que malheureusement Laurence n'apprécie plus du tout, rien à faire ça ne passe plus. Alors on va essayer l'espadon. Le lendemain, paf ça prend, un magnifique Marlin, nous sommes au moteur, nous pouvons arrêter le bateau, il saute, ressaute, il est toujours là, je commence à le remonter et à y croire, encore un saut, zut lâché, l'hameçon tordu c'est ouvert, dommage, d'autant plus que depuis ... Marée basse
La galère
Après ces 2 premières journées tranquilles, ça se gâte. À nouveau un grain ... "Titanesque" ... Éclairs, pluie torrentielle et le vent qui monte, rien à faire la foudre je ne m'habitue pas. une bonne heure dans ces conditions et le vent s'établit, la mer grossit. Nous voilà au près, il y avait longtemps ... Dans une mer formée, 1 ris, 2 et même 3 pendant quelques heures. Et comme dit Guillaume "t'as vu ce film : le bonheur est dans le prés ? C'est une connerie ça" ... Effectivement les ennuis commencent, plus de winch électrique, ça complique pas mal les manœuvres et je n'ai pas encore trouver comment réparer. Le groupe aussi tombe en panne, bon ça c'est réparé, les portes commencent à bringuebaler, séquence menuiserie, ça tient. Pour combien de temps, le bateau commence à souffrir au près et ça dure, nous n'en voyons pas le bout. L'équipage aussi, "dis donc Christophe, sur les prospectus, c'était pas ça ... " ouh la la, vivement le beau temps, ça sent la mutinerie, et puis il faudrait que l'on puisse faire sécher un peu tout ça parce que ça sent aussi ... Les champignons.
Voilà vous savez tout, le vent quand même a bien adonné, nous faisons maintenant une route directe toujours au près. Nous devrions passer au nord des Galápagos d'ici trois jours environ, sans doute 2/3 jours de plus avant de toucher, je l'espère, l'alizé du Sud Est. Enfin une chose est sûre, plus jamais de bateau surchargé en mauvaise saison, c'est trop la galère ... Allez je vous laisse, ça commence à sentir bon ... Et ce n'est pas Guillaume, Guillaume est en vacances aujourd'hui, c'est Romain (secondé par Laurence, ce soir ce sera le contraire) qui le remplace ... Et moi c'est quand que je prends une journée ? Aux Marquises (pourvu qu'il ne pleuve pas) et d'ici là, tout le monde embrasse tout le monde.

Curie, Pos le 30 à 12h TU : 4°41.23 N 85°11.60 W à 3 326 NM des Marquises

mardi 20 novembre 2012

By night or not by night

Lundi 19, Mardi 20 Novembre

Mon ami Will est de retour, (d'autant plus que je suis en train de lire un polar un peu déjanté, Jasper Fforde, où il est omniprésent). Donc ... Telle est la question. Déjà 4 fois à Côlon et toujours arrivé de nuit, ce que je n'apprécie guère, beaucoup de bateaux dans le coin, et puis j'aimerais bien voir le paysage au moins une fois. C'est vrai à chaque fois, on se demande si ce n'est pas la dernière. Du coup, je met la pression, l'équipage n'en peut plus de manœuvrer, au moins 2 manœuvres par jour et en plus à chaque fois à l'heure du repas quand ce n'est pas au milieu de la nuit. L'horloge biologique de Jean Charles en vrac, pourvu qu'il ne tombe pas de fatigue. Les premiers bruissements de mutinerie ... Rien de grave, mais allez savoir ... Et ouf, il y en a un dont le moral est remonté en flèche. Romain, ça y est il a sortit son premier poisson, une belle bécune (l'équivalent pour le barracuda, de la loubine pour le bar), facilement 1,20 m et de belles dents. Et Patrick lui aussi va mieux, lui qui pleurait après une daurade, ce midi je lui en ai sortie une pas mal, alors que nous avions justement décongelé la dernière portion de notre dernière daurade de l'Atlantique. Du coup ce midi, daurade et ce soir daurade, la bécune c'était hier ... Et a part ça, rien, du vent arrière, grand largue, voile en ciseaux, en papillon, avec ou sans grand voile, 1 ris cette nuit. Devant nous des calmes annoncés, je vais reprendre un grib, allons nous arriver demain soir avant la nuit ? Encore 170 milles, il ne faut pas ralentir, vite j'y retourne mettre du charbon. À très bientôt, les portables vont eux aussi fumer dans une grosse journée. D'ici là et comme d'habitude, tout le monde embrasse tout le monde.

Curie, Pos le 20 : 11°10.50 N 76°36.38 W

dimanche 18 novembre 2012

Colombie

Dimanche 18 Novembre

Terre de promesses, le nouveau monde, Garcia Marquez, l'exotisme et tout ses excès. Mais non, ce n'est pas ce que vous croyez, nous tout ce que l'on veut c'est, devinez ? Je suis certain Anne Marie et Laurent, au fait bien arrivé ? Bon voyage ? Des nouvelles à Côlon ? Donc je suis certain qu'ils ont deviné. Romain n'est plus au bord de la déprime, il est au fond du gouffre. Plus jamais de pêcheur à bord. Guillaume menace, repas du Dimanche, "si vous ne pêchez pas, saucisses", et il a mis ses menaces à exécution, "si tu veux, je te donnerai la recette des saucisses ..." Et, un Dimanche, il fallait bien que je donne quelques nouvelles ... Mais à part le silence désespérant des lignes, on ne va pas trop se plaindre, alizé toujours un peu faible et à nouveau humide, mais avec une mer plate, exceptionnel dans ce coin et un courant favorable, Curie progresse très honnêtement et la côte, loin sous notre vent, progresse, après la pointe Gallinas, devant nous Santa Marta, Baranquilla, Carthagène, le mont Bolivar, le Golfe de Uraba qui s'enfonce très au sud vers la baie de Colombie puis Panama, l'archipel de San Blas, nous coupons et déjà la côte s'éloigne. D'autant que d'après Grib, il faut rester au large. Nous retrouverons la côte à quelques milles de Côlon, un groupe de petites îles, Tambor, Farallon, puis Portobello et Côlon. Peut être le 21, très probablement le 22 avec du moteur pour finir. D'ici là, je vous souhaite un bon Dimanche et tout le monde embrasse tout le monde.

Curie, le 18 : 12°50.21 N 71°17.00 W à 552 NM de Côlon

samedi 17 novembre 2012

Humide

Samedi 17 Novembre

La météo du jour quand nous quittons la Martinique : Alizé faible et humide, humide un euphémisme, un premier grain dès la levée du jour refroidit nos derniers préparatifs, zut les toilettes sont bouchées, allez on finit par s'arracher. Les compositions de verts et de bleus chères à Claudy ne sont plus qu'un amas de grisaille. Nous aurons quand même la chance d'apercevoir le sommet de la montagne Pelèe, au moins on ne peut pas confondre, ça n'est pas la Bretagne. Une nuit "humide", et petit à petit le soleil est de retour, l'alizè est toujours faible, mais ne nous plaignons pas, beau temps mer belle. Nous voici au large de Curaçao, bientôt Maracaibo et demain la Colombie, Punta Gallinas, la pointe nord de l'Amérique du sud. Le train train s'est rapidement installé à bord, il fait chaud, la langueur des tropiques, siestes, lecture, resieste ... des quarts à deux, et la pêche, il faut que ça morde ... Et toujours le désert, je ne crois plus au thazard, mais ouf, revoilà les thons, un premier hier, et Guillaume qui étrenne la recette du poisson à la Tahitienne. En gros et vous l'aurez compris, tout va bien à bord, arrivée prévu autour du 22, il faut justement que je reprenne un fichier météo, disons que si on pouvait passer d'alizé faible à alizé tout court, ça me plairait bien. Un petit coucou quand même à Capucine, "Happy Birthay to yoooouuuuu" et évidemment tout le monde embrasse tout le monde.

Curie, Pos le 17/11 à 12h TU : 13°15.79 N 68°24.44 W à 720 milles de Côlon.