Tout le monde embrasse tout le monde
Lucca 2, 10h45 TU, le 16/12 : 29°39.49 N 13°36.80 W à 132 NM de Las Palmas
Un livre de bord, quelques récits de croisières en voilier, pour donner des nouvelles à nos familles et aux amis et pour ceux que notre expérience peut intéresser.
Lucca 2, 10h45 TU, le 16/12 : 29°39.49 N 13°36.80 W à 132 NM de Las Palmas
Lucca 2, le 13/12 à 12h GMT : 34°28 N 10°19 W, Las Palmas à 461 NM
Je me suis promis d'écrire aujourd'hui, une histoire à raconter. Mais ce matin un mail, je reçois un mail qui me met de mauvaise humeur. Le bateau à suivre serait annulé, ça fait le 3ieme avec des histoires cette année. Nos soucis de lattes me font aussi très probablement rater une petite ballade, zut. Du coup, coup de fil, ça pourrait se régler, mais pourrait aussi faire des histoires, des rancœurs. Je suis d'autant plus contrarié que pour ce bateau, l'équipage est prêt, que dis je sur le pied de guerre, des ami(e)s qui se sont organisés, je crois que tout le monde se faisait une fête de cette traversée, moi le premier. Allez soyons optimiste cela va s'arranger.
Et revenons à nos histoires. Une histoire de poisson ? En fait nos prières et incantations n'ont qu'en partie fonctionnées. Nous avons gardé un peu de vent, pas des masses, mais beau temps, mer belle, toujours à la voile, pas très vite, mais pas encore besoin de la risée "YenAMarre" même si nous avons un moteur Volvo, pas Yannmar ...
Par contre question poisson 0 pointé, repointé et surpointé, pas la moindre touche, rien de rien. Le désert. Et pourtant, et pourtant, l'océan n'est pas vide. Une rencontre surprenante en pleine mer, à 700 milles de la côte la plus proche, Sao Jorge au cap vert. Un passager clandestin, qui est venu squatter nos barre de flèche et plus hier soir. Un faucon. En fait pas très sympa la bestiole. Un regard noir. Tueur né. Après un petit séjour sur le balcon avant, il s'installe sur la seconde barre de flèche, tour de guet ? Il s'envole, 2' plus tard, il est de retour à bord avec dans ses serres une hirondelle de mer. Il s'installe dans le doghouse, la dépouille consciencieusement, il n'en reste que les plumes, les pattes et les ailes. L'animal passe ensuite la nuit sur son perchoir, au petit matin rebelote, un vol de quelques minutes, le voilà de retour, une seconde hirondelle, couic, nettoyé. Moi je commence à me dire qu'avec un tueur pareil on va peut être avoir des ennuis en douane à Tortola. En fin de matinée, aussi mystérieusement qu'il nous avait rejoint, il prend son envol et disparaît. Il ne nous reste plus qu'à nettoyer, il y des plumes partout ... Allez je vous laisse, la prochaine fois, du poisson, pourvu que, parce qu'à ce rythme c'est encore 10 jours minimum, je dirai plutôt au mieux 12. Nous allons commencer à être juste. Un peu de suspens ?
Tout le monde embrasse tout le monde
Le Titien le 13 Octobre à 18hTu : 19°39 N 38°22 W à 1 478 NM des Vierges
Dimanche, post obligatoire. Dimanche jour de prière. C'est assez douteux dans mon cas mais là je fais un effort. Il nous faut un peu plus de vent et ... Un poisson.
Je sacrifie même une immuable tradition, je ne décongèle pas de viande pour ce repas du dimanche. Ce sera taboulé et poisson ou taboulé tout court ...
Tout y passe, hier soir, Samedi soir, soirée païenne, un album de musique indienne, native american, vous savez les incantations sensées apporter la pluie, la fertilité, les bonnes récoltes, alors pourquoi pas le vent et ... Un poisson.
Ce matin, Verdi, le requiem dans sa sublime version de Barenboim à la Scala, vidéo sur l'IPad, enceintes à fond, un grand moment en plein milieu de l'océan. Océan qui s'est plutôt transformé en mer de la tranquilité, et pourtant nous ne sommes pas sur la lune. Les fichiers d'Olivier ne nous laissent guère d'espoir, cela,va être patience et longueur de temps ... Un plongeon vers le sud, il nous suffirait de 2, 3 noeuds de plus. Une nuit hésitante, empennage à minuit, moteur à 6h. Encore un peu de houle, la respiration de l'océan, son souffle lent, il me faut retrouver ces vers de Verlaine je crois, mais les voiles claquent, je n'aime pas ça, entre nos lattes sauteuses, la drisse qui s'abîme, le pilote qui hésite, couine comme une beau diable, une nuit de sommeil entrecoupé.
Sommeil entrecoupé, mais qui permet d'admirer un ciel splendide. Plus de sable, plus de poussière, les étoiles brillent de milles feux, un satellite de temps en temps, quelques étoiles filantes, et tout au long de la nuit défilent Arcturus, Le Cygne, Deneb, l'aigle, Altair, Orion, puis Sirius, Canopus et en fin de nuit, alors que la grande ours à l'envers semble plonger dans l'océan, un superbe alignement, la lune qui n'est plus qu'un petit croissant horizontal, Venus, éblouissante, Mars et depuis ce matin Mercure. Cela vaut bien quelques heures d'insomnie finalement.
Des nouvelles des autres bateaux, pas forcément rassurante, le 560 qui est parti devant nous nous lâché petit à petit, les 2 "450" partis après s'empétolent encore plus du côté du Cap Vert. Mais surtout un 500 parti 8 jours avant nous a perdu son hélice. Manquerait plus que ça, retournons aux prières et incantations, mon dieu, soyez gentil faite que je ne perde pas mon hélice ... À part ça de toutes façons il n'y a pas grand chose à faire non ?
L'équipage ? Tout va bien à bord, j'espère qu'il vous donnerons eux même quelques nouvelles, de mon côté je vais vous laisser, un coup d'œil sur la ligne ?
Tout le monde embrasse tout le monde.
Le Titien, le 11/10 à12 Tu : 20°57.02 N 33°39.04 W à 1 742 NM des Vierges.
*se procurer des bidons de javel vide de 20 litres à laverie du coin pour accroitre la capacité de gasoil du bateau d'environ 50%."
Je conclue par un petit mot à Laurence justement, qui nous avait laissé 2 casseroles, casseroles bien utiles en effet, parfaites pour le confit de canard par exemple. Merci Laurence, tout le monde embrasse tout le monde.
Le Titien le 9/10/15 à 12h TU : 22°35.45 N 29°36.43 W à 1 968 NM
Je commence ce post par un petit message à mon ami Jean Charles qui semble s'inquiéter sérieusement de la tenue à porter pour son séjour à venir aux Canaries. J'espère donc qu'il me lit. L'eau est donc à environ 24° un peu partout autour des Canaries. Et pour votre info, elle atteind maintenant 26°. L'occasion de parler du temps qu'il fait, et bien après plusieurs jours de grisaille, due à mon avis à du vent de sable en altitude, le ciel commence à bien s'éclaircir. La température, déjà bien élevée monte encore, et du coup, j'ai beau dire de fermer les capots, un capot ouvert, une écoute qui se prend dedans (bon le plan de pont n'est pas parfait) et paf une vitre de cassée, Christophe en rogne. Mais c'est peu de chose, la Meteo est bonne, nos lattes tiennent, d'autant mieux que depuis maintenant presque 2 jours nous avons touché du vent. Après une après midi passé à la barre je passe sous 2 ris, tranquille. Le pilote tiens, et celui là je le surveille, j'ai encore retendu la chaîne, un claquement anormal, pour l'instant il tient, avec 2 ris, il tient d'autant mieux. Mon autre inquiétude, je surveille comme l'huile sur le feu la drisse de GV qui donne des signes de faiblesse. Toujours ces têtes de mat qui bouffent les drisses, depuis le temps ... Ggrrrr ... Du coup avec 2 ris finalement je règle le problème de la drisse, du pilote et des lattes, cool ... Je continue comme ça, d'autant plus que nous marchons pas mal, moins de zig zags sans doute et une Meteo vraiment sympa.
Je risque de n'avoir pas grand chose à raconter d'autant plus que question pêche, c'est pas terrible. Allez une petite histoire quand même.
Nous avons donc embarqué aux Canaries Daniel, un grand et costaud neo zélandais qui semble vraiment apprécier l'idée de pêcher. Il rode à l'arrière surveillant la ligne dans l'espoir d'une touche hypothétique. Je lui explique que normalement le poisson mord à 3 occasions (loi de Murphy oblige) :
1 - quand je vais faire une sieste au moment où je m'endors
2 - quand le repas est juste servi, glaçons dans le Gin Tonic et côte de bœuf juste comme il faut
3 - quand je prend une douche, que j'enfile une chemise et un bermuda propre.
Dans le même temps, tout n'est pas rose sur le bateau. Entre autre nous avons eu hier une mer bizarre, choppy comme dise les anglo saxons. Du coup ça bringuebale dans la grande cale arrière. Un des mes bidons de Gas Oil a perdu son bouchon. Je descend là dedans, je remet de l'ordre, je ressort parfumé au Gas Oil. Diesel, il paraît que ça existe. Du coup, je m'octroie le droit de prendre une douche et paf pendant la douche, ça mord, je ressort, Daniel et Olivier on remonté une daurade, mais quand je dis une daurade, c'était plutôt un échantillon, taille maquereau et ils l'ont laissé glissé, coincée entre le tableau arrière et l'autre cale, j'y retourne, chouette j'alterne fragrance diesel et fisherman. Pas de femmes à bord, ouf ... Et puis le dessal fonctionne, je peux me laver, question fringues ça va être plus juste, alors une petite lessive s'impose.
Quoi d'autre, mon Osso Bucco n'est plus qu'un souvenir, hier c'était la petite daurade, à la portugaise. Il nous reste encore pas mal de nos denrées achetées à Las Palmas, mais je m'inquiète quand même. Frédéric et Dan mettent la barre assez haut question appétit, il va falloir pêcher, ça va devenir vital, je le sent, j'ai un peu peur aussi pour le gaz, nous sommes justes. Des nouvelles d'Olivier ? Et bien devinez, moral semble t'il au beau fixe, il est derrière son ordi, tranquille, émerge pour le repas et prend à peine le temps d'une petite sieste. Il progresse, ça devrait être prêt pour le nautic. De mon côté, à part raconter des bêtises, j'ai le temps de lire, j'entame le nouveau Pérez Reverte, en principe j'aime bien. Ça doit être mon 5ieme bouquin depuis le départ, c'est bon, je tiens le rythme. Nous progressons donc tranquillement vers l'ouest, j'enlève une heure à l'heure du bord, ça donne à tout le monde la possibilité de s'animer un peu avant d'attaquer la préparation du repas, courgettes, filet mignon, à moins que ...
A bientôt, tout le monde embrasse tout le monde
Le Titien, le 7/10 à 12hTU : 23°01.13 N 24°20.17 W à 2 260 NM des Vierges